Les kinĂ©s : un « modèle » partagĂ© de soin mais des façons de soigner diverses…

Posted by kineblog on June 08, 2011

kinésithérapie

Étude sur le métier de masseur-kinésithérapeute
Extraits :
“La profession ne semble pas tant divisĂ©e entre une logique marchande et une logique thĂ©rapeutique ou entre un monde libĂ©ral et un monde salariĂ© qu’entre une logique du bon soin et du soin bâclĂ©. Lorsque les kinĂ©sithĂ©rapeutes donnent leur avis sur ce que sont les bons kinĂ©s et les mauvais, on remarque rapidement que le clivage libĂ©ral / salariĂ© n’est pas le bon.
En effet, il n’existe pas de discours d’opposition de principe entre les deux exercices qui ferait dire que l’autre est irresponsable ou incompétent. Ce qui permet de différencier un bon kiné d’un mauvais c’est avant tout l’attention qu’il porte à son patient. Cette qualité d’attention lui permet d’éviter les écueils qui feraient de lui un mauvais praticien :

- il ne prend pas son patient pour un numĂ©ro : c’est-Ă -dire qu’il connait ou cherche Ă  connaĂ®tre ce qui amène le patient chez lui, ses antĂ©cĂ©dents, son environnement … Lorsqu’il ne dispose pas des informations nĂ©cessaires pour mener Ă  bien son travail (ce qui est frĂ©quent) il cherche Ă  les obtenir.
- il ne prend pas son patient pour une traumatologie ou un bout de corps : il considère le patient dans son intégralité même s’il ne travaille qu’un point spécifique. Il est attentif aux effets globaux de son travail sur son patient.
- il ne prend pas son patient pour des euros : il donne toute son attention au patient durant le laps de temps qu’il juge nécessaire. Ici, les dénonciations sont virulentes autour de la notion de « rentabilité » qui semble mal s’accommoder de la notion de santé dans l’esprit des professionnels. Ainsi, un praticien qui traite trop de monde en même temps sera sévèrement jugé par ses pairs car la qualité des soins et leur personnalisation aux caractéristiques du patient seront jugées mise de côté au bénéfice du profit financier retiré.
En creux de la critique vis-à-vis des mauvais, comme au coeur du discours d’autolégitimation des praticiens qui sortent du champ conventionnel pour réaliser « des soins de qualité », se trouve la question du temps passé avec le patient. Or ce temps qui est la condition du bon soin, serait insuffisamment rétribué par les tarifs conventionnels. Le bon soin est ainsi empêché par le système lui-même et le « mauvais » praticien en vient à été excusé de ses pratiques.
Ainsi, la référence au soin demeure l’axe structurant de l’identité professionnelle, et trouve son expression dans la préférence réaffirmée pour les actes thérapeutiques par opposition aux actes de bien-être, mais en revanche, la façon de soigner distingue très nettement les praticiens. Tout semble se passer comme si un nombre significatif de praticiens s’exonéraient d’une part d’éthique professionnelle sans que les institutions chargées de garantir les pratiques de soin ne les distinguent ni ne les sanctionnent. La profession se vit ainsi comme traversée par une ligne de clivage éthique, qui n’est rendue possible que par la relative indifférence des autorités. Ces dernières devraient, selon eux, assurer une rétribution équitable des efforts consentis par chacun.
Les praticiens les plus vertueux (ceux qui se dĂ©finissent comme tel par comparaison Ă  ceux qui ne respectent pas les principes du soin de qualitĂ©) ont le sentiment de dĂ©velopper une pratique dĂ©sintĂ©ressĂ©e. Mais on peut s’interroger sur le caractère tenable de cette position dans un système qui ne fournit pas au praticien d’autres rĂ©compenses que celle qu’il s’attribue en prĂ©servant son estime de soi. Pour mieux Ă©valuer cette capacitĂ© Ă  « tenir » la bonne position, il serait nĂ©cessaire de mieux apprĂ©cier la facultĂ© de la patientèle Ă  distinguer les pratiques et Ă  rĂ©vĂ©ler cette hiĂ©rarchie des positions Ă©thiques.”

« Il y a autant de kinésithérapies que de kinésithérapeutes » Homme, libéral, 46 ans.
Cette situation est le résultat d’un développement du domaine sur des bases très empiriques, d’un maintien à l’écart du champ universitaire et médical, d’un système de formation initiale hétérogène ainsi que d’une offre de formation continue pléthorique, qui distingue mal l’orthodoxie de l’hétérodoxie.
Les représentants de la profession fondent leurs espoirs dans la constitution d’un corpus de « evidence based practices ». Cette perspective est très éloignée des représentations de la majorité des masseurs-kinésithérapeutes. Elle va même, peut-être, à l’encontre d’une certaine vision fondamentalement empiriste et autonome du métier. Ainsi, cette fragilité intrinsèque de la profession qui ne sait pas faire la preuve de son efficacité, n’est pas vécue comme telle dans l’exercice du métier. La pratique quotidienne permet plutôt à chacun de se construire des règles raisonnées en propre, qui concluent majoritairement à l’efficacité des actes.
Entre la position pragmatique des kinésithérapeutes et la position théorique anormalement exigeante (il n’en est pas demandé autant à la médecine) qui voudrait que chaque famille d’acte ait fait la démonstration de son efficacité, il y a en réalité, non pas un débat mais un vide d’appréciation. Ce vide, loin d’être anodin, est le signe et le symptôme d’une relative indifférence des autres acteurs du système de santé publique aux pratiques des kinésithérapeutes.
Cette situation peut selon les praticiens conduire à des actes fondés sur l’habitude ou au contraire, pour d’autres, à une recherche permanente du renouvellement des pratiques. Le sens pratique pousse ces derniers à travailler à l’amélioration des soins, mais cela se fait dans des espaces peu normés et qui font émerger des soins qu’il appartient in fine au seul patient d’évaluer.
Les tentatives de normalisation des soins par la seule voie de la quantification (tant de sĂ©ances pour telle pathologie) se heurtent alors assez naturellement Ă  une opposition de principe. Ces mesures sont effectivement interprĂ©tĂ©es comme l’expression d’une approche purement gestionnaire de la santĂ©, faute d’arguments thĂ©rapeutiques pouvant s’imposer Ă  tous.”

> on lira donc (ou derechef), l’intĂ©gralitĂ© de l’ : Étude sur le mĂ©tier de masseur-kinĂ©sithĂ©rapeute, Judith MATHARAN, Julie MICHEAU, Elsa RIGAL, ONDPS, septembre 2009, 139 pages au format pdf
… et ne zappez pas les très intĂ©ressantes annexes !

> les plus courageux peuvent prendre connaissance des 114 billets taguĂ©s kinĂ©sithĂ©rapie sur kinĂ©blog.net, le blog qui pense Ă  vous quand vous ne pensez Ă  rien… °)

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