Enquête “TMS et rachialgies chez les Masseurs-Kinésithérapeutes en France”: de grotesques propositions
Bon, je vous livre du lourd, du très lourd, du limite pénible:
…comme chacun sait, c’est souvent le cordonnier qui est le plus mal chaussé…
(proverbe dérivé d’une réflexion de Montaigne dans ses Essais)
Souvenez-vous (ou pas):
Novembre 2004, la revue Kiné-Actualité relayait un questionnaire initié par IUSTE - Service de Pathologie Professionnelle et de Médecine du Travail Hôpital Civil à Strasbourg…
Animé d’un fol espoir (celui de voir la pénibilité de mon travail exposé au grand jour, pris en compte, enfin reconnu)… j’ai donc consciencieusement rempli et renvoyé ma copie.
Les mois, puis les années, passent sans autres nouvelles de cette “étude” que de très sporadiques et succints entrefilets dans KA.
Des Objectifs Ambitieux:
- Evaluer la fréquence des TMS chez les MK en France.
- Analyser l’influence des facteurs personnels, professionnels, extra professionnels.
- Evaluer l’impact professionnel de ces troubles.
- Identifier les stratégies d’adaptation.
- Proposer des mesures de prévention.
LES PRINCIPAUX RESULTATS
Caractéristiques générales
(n= 1344 sujets)
- 63 % d’hommes (vs 57 % dans la population des MK)
- Age moyen = 50 ans (vs 43)
- Ancienneté moyenne dans la profession importante : 23 ans (± 11)
- Durée hebdomadaire de travail très élevée : 50 heures/semaines heures (± 12)
- 87 % exercent en libéral (vs 78)
- 65 % ont une activité sportive régulière
NB: il faut noter que les 50 heures de travail relevées correspondent ici à 50 heures réellement effectuées au contact du patient, ce ne sont donc pas de simples heures de présence sur le lieu de travail (car si on s’aventure à faire des comparaisons avec d’autres secteur d’activité, il faudra tenir compte du fait que certaines “35 heures” payées correspondent parfois à une vingtaine d’heures réellement effectuées… café, discussions sur le film de la veille, sur les dernières ou les prochaines vacances, le caca du petit dernier, café, diverses déambulations, café, échanges de mail privé, café, horoscope sur internet, pause pipi, café, réunions inutiles…).
Il faut aussi prendre en compte la durée des congés annuels et les arrêts de travail (50 heures sur 48 semaines= 2400 heures/ans pour le MK libéral, à comparer avec l’année de travail d’un enseignant qui tourne plutôt autour de 1200 heures/ans).
Principales plaintes somatiques sur les 12 derniers mois
- 58,8% Poignet/mains
- 66,4% Epaule
- 74% Nuque
- 76,3% Bas du dos
Retentissement Professionnel +++, avec réduction des activités de loisirs et de travail
NB: ça c’est plutôt une bonne nouvelle pour les acteurs de la kiné “mains libres”… et des arguments de vente aux petits oignons !
Facteurs psychosociaux
- 30% des répondants sont dans une situation de « Job strain » = demande psychologique forte et faible latitude décisionnelle.
- Plaintes chroniques de types rachialgies et algies des poignets sont très significativement plus fréquentes chez ceux présentant un niveau de stress au travail élevé et un niveau de satisfaction professionnelle faible.
- Répercussions professionnelles importantes (réduction d’activité, absentéisme plus important).
NB: il faut noter que la faible latitude décisionnelle est ici librement consentie puisqu’elle répond à la simple nécessité (morale et réglementaire) d’effectuer correctement son travail… car la possibilité de s’affranchir des exigences éthiques et des réglements existent !
La satisfaction professionnelle est d’autant plus faible que la pénibilité est forte et la rémunération ressentie comme insuffisante.
Contraintes physiques et facteurs de pénibilité
- Pour 54,6% ⇒ les exigences physiques du travail ont été cotées comme fortes
- 3 facteurs cités comme les plus pénibles :
1. Les contraintes posturales
2. Le nombre d’heures de travail effectuées
3. Des difficultés dans la gestion du temps
NB: le nombre d’heures de travail ne sera pourtant pas évoqué dans les conclusions de cette études et il faut noter que “les difficultés dans le gestion du temps” sortent du même tonneau: les MK sont “payés à la pièce”…
Une question pertinente serait: pourquoi travaillent-ils autant?
Stratégies d’adaptation
- modification de la façon de travailler 70%
- modifier l’ergonomie du cabinet 52%
- developpement d’autres compétences 45,6%
- réduction ou refus de visite à domicile 44,6%
- limiter ou refuser de prendre en charge les patients lourds (SEP…) 39,8%
- limiter ou refuser de prendre en charge les patients obèses ou agités 34,7%
- réduction du travail manuel (massages…) 29,2%
- 7% on du quitter le métier
NB: je crains que certaines questions aient été mal posées: “modification de la façon de travailler” n’est certainement pas synonyme d’adopter d’autres gestes et postures…
On remarque que le domicile est très clairement ressenti comme un facteur de pénibilité (la prise en charge des patients “lourds”- au sens de quantité de travail, de présence, de continuité des soins-, des agités -au sens de “déments”, est effectuée principalement à domicile).
Information pendant les études
80% des répondants disent n’avoir eu aucune information sur :
- Les risques d’usure de leur organisme
- L’ergonomie du matériel et du mobilier au cabinet
- L’ergonomie des postures de travail
NB: ça c’est plutôt amusant: la biomécanique est pourtant une des matières fondamentale (au même titre que l’anatomie ou que la physiologie) de l’enseignement dispensé dans les IFMK!!!
Je pense donc que la question a été mal posée…
Discussion : représentativité de l’échantillon
- 1344 cas
- Echantillon non représentatif de la population nationale des MK (en terme âge, sexe, mode d’exercice)
- Prudence sur l’extrapolation des résultats à l’ensemble des MK exerçant en France
- Néanmoins, résultats concordants avec les autres études publiées
NB: c’est louable, mais une sur-représentation masculine de 7%, 7 ans de + d’âge moyen, et 9% de salariés surnuméraires, sur un échantillon de 1344 cas, ne me semble pas monstrueusement non-représentatif !
Une pathologie émergeante chez les MK: la rhizarthrose ou arthrose trapézométacarpienne
La rhizarthrose dans notre enquête:
- En majorité des hommes (56,4 %)
- Moyenne d’âge plus élevée (57,5 ans vs 50 ans, p < 0,001)
- Ancienneté plus élevée aussi (31 ans vs 24 ans, p <0,001)
- Pas de différence statistiquement significative entre fréquence de la rhizarthrose et le mode d’exercice, la durée hebdomadaire de travail ou l’activité sportive
- Retentissement professionnel majeur : modification de la façon de travailler, réduction du travail manuel, refus de certains patients etc …
NB: … de la rhizarthrose idiopathique?
Propositions d’amélioration:
Alors là, tenez-vous bien (ou asseyez-vous)… et je préfère vous laissez le soin de découvrir par vous-même le résultat de ce maigre jus de cervelles en lisant (contemplant) la page 11 du pdf original (très mal foutu, digne d’un travail d’élève de seconde pas très doué) intitulé:
Une enquête nationale auprès de 1344 cas
NB: pour ma part, j’avoue que j’ai réussi à éviter la grosse catastrophe (celle qui nécessite de changer de slip et de futal)… mais de très peu!
Conclusions
- Enquête nationale = 1ère étape d’une démarche de prévention.
- Devra être complétée par d’autres études avec des groupes comparatifs et avec une analyse ergonomique du métier.
- Fréquence très importante des plaintes.
- Pathologie émergeante : rhizarthrose, études à poursuivre, pas de reconnaissance dans le cadre d’un Tableau de MP, MCP à faire.
NB: Petit Rappel Des Ambitieux Objectifs:
- Evaluer la fréquence des TMS chez les MK en France: OK
- Analyser l’influence des facteurs personnels, professionnels, extra professionnels: faiblement traité
- Evaluer l’impact professionnel de ces troubles: partiellement traité, pas de données sur les AT
- Identifier les stratégies d’adaptation: traité dans le désordre
- Proposer des mesures de prévention: simplement grotesque
(… et on regrette l’absence de publication du questionnaire initial)
Ma conclusion: 50 heures de travail “réel”, à la chaine, ça flingue, c’est très simple à comprendre!
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