le syndrome du statut

TrouvĂ© sur le site quĂ©bĂ©cois blogue de l’Ă©diteur
C’est dur d’ĂŞtre en bas
5 mars 2007Il y a trois ans, j’ai lu un livre qui fait dĂ©sormais partie des oeuvres qui m’ont profondĂ©ment marquĂ© : The Status Syndrome, How social standing affects our health and longevity (Le syndrome du statut, Comment la position sociale affecte notre santĂ© et notre longĂ©vitĂ©).
Son auteur, Sir Michael Marmot, un mĂ©decin Ă©pidĂ©miologiste anglais, s’est vu attribuer les plus hauts honneurs pour ses travaux qui ont fait date dans le domaine de la santĂ© publique. Malheureusement, pas un seul de ses livres n’a encore Ă©tĂ© traduit en français.
Marmot a simplement dĂ©couvert et dĂ©montrĂ© que la position de quelqu’un dans la hiĂ©rarchie sociale se traduisait par une longĂ©vitĂ© et un Ă©tat de santĂ© correspondant Ă sa position dans le gradient social. Autrement dit, pour des habitudes de vie identiques, quelqu’un qui se trouve en bas de l’Ă©chelle sociale mourra plus tĂ´t que quelqu’un qui se situe au milieu, et celui-ci mourra plus tĂ´t que celui qui se trouve tout en haut. Évidemment, ces observations sont vraies pour les groupes de personnes et non pour chacun considĂ©rĂ© individuellement.
Ce gradient de santĂ© s’observe aussi chez les primates et semble ĂŞtre une caractĂ©ristique associĂ©e Ă toute hiĂ©rarchie. InĂ©luctable donc. Mais la chose intĂ©ressante est que les Ă©carts de longĂ©vitĂ© et d’Ă©tat de santĂ© ne sont pas les mĂŞmes d’une sociĂ©tĂ© Ă l’autre. Plus une sociĂ©tĂ© permet Ă ses membres de participer Ă©galement Ă la vie sociale, moins les diffĂ©rences de longĂ©vitĂ© et de santĂ© sont grandes. Le mot clĂ© est « participation ».
Ă€ la fin de son livre, Marmot se demande : « Alors, qu’est-ce qu’on fait? » Sa rĂ©ponse n’est pas simplement de mieux rĂ©partir la richesse ou de donner Ă chacun des chances Ă©gales d’accĂ©der aux Ă©tudes supĂ©rieures. Il s’intĂ©resse Ă quelque chose de plus fondamental et plus en phase avec la culture du XXIe siècle : comment augmenter les capacitĂ©s de chacun de participer Ă la sociĂ©tĂ© et de rĂ©aliser ce qui lui paraĂ®t le plus important dans sa vie.
Ceci, dit-il, se traduira automatiquement par une meilleure santĂ© et une augmentation de la longĂ©vitĂ©. On doit chercher Ă amĂ©liorer les conditions qui favorisent une bonne santĂ©. Le paradoxe apparent est que la plupart de ces conditions n’ont rien Ă voir avec le système de santĂ©. Ça comprend des choses aussi diverses, par exemple, que de rendre plus accessibles les transports en commun aux personnes âgĂ©es (parce que l’isolement les rend plus vulnĂ©rables), obtenir plus de contrĂ´le sur son travail, permettre aux enfants de familles dĂ©favorisĂ©es de frĂ©quenter une garderie et fournir un travail dĂ©cent aux mères cĂ©libataires (parce que le travail valorise et sort de l’isolement, en plus d’augmenter les revenus).
Ce qui est très stimulant dans cette façon de voir les choses est qu’on ne cherche pas la recette universelle. Il faut seulement rĂ©pondre Ă la question : qu’est-ce qui peut amĂ©liorer la participation sociale et donner plus de contrĂ´le, plus de capacitĂ©s?
En ce temps d’Ă©lection, quand un politicien lance une idĂ©e, demandez-vous quel sera l’effet des mesures proposĂ©es sur la vitalitĂ© sociale, sur la participation, sur le contrĂ´le de chacun sur sa vie. Ça peut permettre d’Ă©clairer les choix.
Si vous lisez l’anglais, je ne saurais trop recommander le livre de Marmot, qui est fort accessible et se lit comme une passionnante enquĂŞte. Sinon, l’Agence de santĂ© publique du Canada met en ligne plusieurs documents sur la question, dont Qu’est-ce qui dĂ©termine la santĂ© ?
Trackbacks
Use this link to trackback from your own site.
Comments
You must be logged in to leave a response.